Avoir un « enfant préféré », mythe ou réalité ?

Quels parents n’ont jamais eu à affronter la question fatidique de savoir « ki sanla to pli kontan » ? Et quels parents n’ont jamais répondu « mo kontan zot tou parey » ? Avoir un « enfant préféré » est un sujet plus ou moins tabou. Mais est-on vraiment capable d’aimer l’un de ses enfants plus qu’un autre ?

Le sentiment de culpabilité à l’idée d’avoir un « enfant préféré »

Dans la fougue de l’innocence, vos marmots vous ont sans doute déjà demandé si vous en aimiez un plus que l’autre. Votre réponse a été sans appel, vous les aimez tous les deux autant. Pourtant, au fond, il se peut que vous ayez une petite préférence pour l’un d’entre eux, même inconsciemment.

Aujourd’hui encore, les parents osent rarement aborder la question et préfèrent vite passer à autre chose. Il n’est pas question, ici, de ne pas vouloir regarder la réalité en face. En revanche, c’est plutôt un sentiment de culpabilité qui s’installe. Suis-je un mauvais parent parce que je ressens plus d’affection pour mon cadet ? Est-ce normal ? Ai-je le droit ? Et si mon enfant le ressentait, est-ce qu’il m’en voudrait ? En voudrait-il à son frère ou à sa sœur ?

Ainsi, le sujet est encore tabou et il est difficile, pour les parents, d’accepter qu’ils « préfèrent » l’un de leurs enfants.

Que signifie avoir un « enfant préféré » ?

Mais avoir un « enfant préféré », cela signifie-t-il vraiment en aimer l’un plus que l’autre, vouloir le gâter plus que ses frères et sœurs et n’être aux petits soins que pour lui ? La réponse à cette question est négative.

On peut tout à fait préférer l’un de ses enfants dans le sens où le courant passe mieux avec lui. Car il est important de se rappeler que chaque enfant est une personne à part entière, avec, par conséquent, une personnalité qui lui est propre. Il se peut, donc, que vous vous entendiez mieux avec l’un de vos enfants, que vous vous sentiez mieux avec lui et que la communication soit facilitée, sans pour autant rejeter vos autres petits bouts de chou.

Il est donc important de bien saisir la définition de cette notion, et ne pas emprunter le raccourci facile qui voudrait qu’avoir un enfant préféré traduit le rejet de ses frères et sœurs. En effet, cela signifie plutôt une compatibilité de caractère et de personnalité plus prononcée, une expérience différente et une évolution pour les parents également.

Plusieurs études expliquent cette attitude

Une enquête menée par l’Université de Californie auprès de 400 parents a révélé que 70% des papas et 74% des mamans adoptaient un traitement préférentiel à l’égard de l’un de leurs enfants. Cette étude, relayée sur le site Dhnet.be, cite également Katherine Conger, professeure de développement humain et de la famille au sein de cette université. Selon elle, « l’ordre de naissance des enfants joue un rôle clé dans la perception que leurs parents ont d’eux ». Ainsi, l’aîné serait toujours le favori par rapport à ses frères et sœurs, plus jeunes.

Pourtant, dans d’autres cas, c’est l’inverse qui se produit. N’a-t-on jamais entendu parler de la place du chouchou réservée au petit dernier ? De même, de nombreux parents sont plus expressifs envers leurs enfants lorsque ceux-ci ont été longuement attendus, quel que soit leur positionnement dans la fratrie.

De son côté, la psychologue clinicienne et psychanalyste Syrine Slim a été interrogée par Magic Maman. Elle explique que ce n’est pas l’enfant qu’on aime moins, mais « ce qu’il représente ». Aussi, selon elle, l’arrivée d’un second enfant peut aussi engendrer la crainte que l’aîné se sente trahi. Les comportements changent alors instinctivement de manière à protéger ce qui a été bâti avec le premier enfant, tout comme l’inverse peut se produire et engendrer un éloignement.

Avoir un « enfant préféré », est-ce grave ?

Constater et reconnaître que le courant passe mieux avec l’un de vos enfants n’est pas une fatalité. Ainsi, il n’est pas nécessaire de culpabiliser.

En revanche, il est important de contrôler la juste mesure. En effet, cette préférence, lorsqu’elle est particulièrement prononcée, peut nuire à la vie de famille, notamment lorsque les parents favorisent un enfant quitte à mettre ses frères et sœurs à l’écart. On parle alors de privilège et cela peut avoir des répercussions tant sur l’enfant « préféré », que sur son frère ou sa sœur. S’installe alors une compétition à long terme, mais aussi un sentiment de domination d’un côté et de faiblesse de l’autre.

Aussi, si la préférence mène à des situations extrêmes (dénigrement, désintéressement, humiliation ou encore rejet total), consulter un psychologue est fortement recommandé.